QU’EST CE QUE LA MALADIE DU PLATANE

 

Historique

Les Platanes sont des arbres très vigoureux et malgré leurs conditions de culture parfois agressives ( tailles excessives ) et de nombreux parasites ou maladies, ils ont persisté parfois plusieurs centaines d’années dans nos villes et nos campagnes magnifiant des jardins, des propriétés, des routes, des places, des cours d’eau……

A partir des années 1945-1950, cet arbre a malheureusement subi l’attaque d’un champignon spécifique du platane, Ascomycète, Ceratocystis fimbriata sp platani, introduit des Etats Unis à la faveur de la 2eme guerre mondiale. ( En France et en Italie )

En France l’infection initiale a été provoquée en 1944, à Marseille ( au Parc Borely),  par le stockage de matériel de guerre emballé dans des caisses en bois de platane en provenance des USA.

Longtemps restreinte aux abords du Parc Borely, la Maladie (identifiée dans les années 1970) s’est peu à peu propagée à la faveur des  tailles et des terrassement à toute la Ville puis a gagné tout le Sud Est du pays. 

En quelques années des milliers de platanes vont succomber à cette maladie.  ( 50 000 en 2005 ) Aujourd’hui l’infection s’est propagée dans l’Ain, la Savoie  et une grande partie du Sud Ouest. La  grande couronne Parisienne et la Métropole Nantaise sont également touchées depuis 2020.

 

Le Champignon

D’une virulence extrême pour cette essence, ce champignon provoque la maladie dite « du chancre coloré » . Les arbres en bonne santé meurent inexorablement en un laps de temps compris entre 2 et 5 ans seulement.

Le champion pénètre dans l’arbre par une plaie du système racinaire, du tronc, ou des branches et progresse dans le bois à raison de un ou deux mètres par an . Les vaisseaux de l’arbre sont progressivement obstrués par le champignon qui se nourrit de la sève. Il en résulte un assèchement progressif et complet de la victime après 2 à 5  ans.

Outre le développement du mycélium et la production de conidies ( fructification) à l’intérieur des vaisseaux, le champignon fructifie ( ascospores) également abondamment à la surface du bois et du liber mis à nu par une plaie. Les conidies et ascospores  libérées se disséminent ainsi pour infecter de nouveaux platanes. 

La durée de vie de la forme de conservation du champignon est très longue et peut durer plusieurs années.

 

Les Symptômes

Au début de l’infection, les premières manifestations ne sont pas spécifiques à cette maladie : - pousse moins vigoureuse -feuillage réduit et jauni-fructification abondante.

Simultanément, près d’une blessure, apparaît une lésion qui peut se développer sur les branches, le tronc et moins fréquemment les racines.   

La lésion de tissus nécrosés s’étend rapidement sous la forme  d’un triangle allongé vers le sommet de l’arbre. Le Chancre peut atteindre 50 à 80 cm de large et couvrir toute la hauteur du tronc.

Au début de l’infection, les tissus atteints ont une couleur bleu violacé bordés d’un liseré brun clair à brun orangé selon la saison. Dans la partie supérieur du chancre, des prolongements bleuâtres mêlés de brun orangé s’étirent longuement dans le sens du bois. Cette lésion en forme de flamme très visible sur le vert des tissus sains est caractéristique  de cette maladie.

Par la suite le centre de la partie atteinte se transforme en une écorce sèche brune et grisâtre. Cette écorce se fendille en petits éléments plus ou moins polygonaux qui ne tombent qu’après 2 ou 3 ans. Cette écorce craquelée persistante tranche avec l’exfoliation naturelle de l’écorce saine.

Quand le chancre touche la première charpentière, on constate son dépérissement rapide ( les feuilles tombent, les rameaux puis toute la branche se dessèche) 

Parallèlement le feuillage de l’arbre entier se chlorose. La bande « chancreuse » continue à se développer et le dessèchement total de l’arbre survient.

Une coupe transversale dans une branche ou une souche montre des stries noir bleuâtre concentriques.

Ces symptômes peuvent être confondus avec d’autres pathologies: - Dégâts dus à l’application de désherbants au pied de l’arbre - Attaque de divers champignons « lignivores ».

 

Facteurs de dissémination

Le champignon possède plusieurs types de spores dont l’une très résistante qui peut survivre plusieurs années dans les troncs, les branches, les racines d’arbres abattus, les sciures, la terre.

La pénétration du champignon est impossible à travers les tissus sains. En revanche toute plaie, même petite,  est une porte d’entrée aux organes de contamination que sont les spores.

Les températures permettant la croissance mycélienne sont comprises entre 5°C et 35°C avec un optimum à 25-27°C. En dessus de 10°C la virulence du parasite est négligeable.

Une hygrométrie relativement élevée est aussi favorable au pathogène .

-Dissémination naturelle

 La dissémination peut  être induite par le vent à faible distance (10m), par soudure de racines d’arbres de sujet malade à sujet sain, par l’eau des cours d’eau bordés de Platanes ( transport de spores et de débris végétaux contaminés ) .

-Dissémination favorisée par l’homme

L’homme est le principal responsable de la propagation du pathogène. Les modes de transmission peuvent être les suivants:

  • Les outils de taille (élagage)
  • Les engins de terrassement ( blessures tronc et racines)
  • Autres engins ou outils susceptibles de blesser le tronc ( pares-chocs des voiture, clous, tondeuses, débroussailleuses ………)
  • Les apports de terre végétale contaminée.
  • La plantation de jeunes plants contaminés.

C’est généralement au cours du débitage d’un arbre atteint par le chancre coloré que la contamination se produit. Si les ouvriers ignorent que l’arbre qu’ils découpent est malade ou négligent de prendre les précautions qui s’imposent, les sciures très infectieuses qui sont produites peuvent être véhiculées par le vent et se déposer sur des arbres distants de quelques dizaines de mètres.

Le parasite pénètre alors par les blessures occasionnées sur les troncs, éraflures causées par les véhicules ou autres ……

Mais l’homme est aussi responsable de la dissémination du parasite sur des distances beaucoup plus importantes, en particulier vers des régions qui étaient jusqu’ici épargnées.

C’est le cas de la Corse ou le Bassin lyonnais où, depuis quelques temps, les nouveaux foyers d’infection sont de plus en plus nombreux. Dans ce cas, ce sont surtout les engins de terrassement et de taille qui sont responsables du transport de la maladie.

Tout outil ou engin qui a touché un arbre contaminé est porteur de la maladie.

 

STRATEGIE DE LUTTE

Il n’existe, actuellement, aucun moyen de traitement chimique curatif ou préventif efficace contre le chancre coloré. Des essais d’injection de fongicides dans le tronc des arbres se sont révélés inefficaces. Les produits phytosanitaires ne peuvent atteindre les parties profondes du bois ou se réfugie le champignon.

Il n’y a pour l’instant pas d’autre solution que d’abattre les arbres malades, ainsi que les platanes situés à proximité ( dans un rayon de 35 Mètres )

Un assainissement strictement conduit et une surveillance régulière des foyers de contamination ainsi qu’une prévention rigoureuse dans les zones saines permettent de contenir l’évolution géographique de la maladie.

 

MESURES PROPHYLACTIQUES

1) Lors de toute intervention sur les platanes sains les procédés suivants sont impératifs:

Pour les interventions de taille

  • Désinfecter tous les outils par badigeonnage à l’alcool à brûler.
  • Tailler en Hiver. 
  • Protéger les plaies par un badigeon antiseptique.    

Pour les chantiers de terrassement à proximité de platanes  ( 15 à 50m)

  • Désinfecter les lames, pelles, godets des engins de terrassement au Cryptonol ou au Dériclor à 1% ( produit fongicide non toxique, non polluant, et peu onéreux ). Cette désinfection se réalise au pulvérisateur ou à l’arrosoir. ( L’eau de javel diluée à raison d’un berlingot pour 10l d’eau est aussi efficace mais plus délicate à employer)
  • Eviter les blessures aux racines et aux troncs.
  • Protéger les plaies faites aux racines et troncs par un badigeon antiseptique.
  • Désinfecter les épareuses entre chaque chantier.    

« En cas de doutes sur un platane malade ou dépéri, il est nécessaire de prévenir rapidement le GDON ou le SRAL. »

 

2) Lors de toute intervention sur les platanes contaminés ou morts, ou sur un ancien foyer de chancre coloré les procédés suivants sont impératifs:

( L’abattage des platanes contaminés ne peut être réalisé que par des entreprises agrées.)

  • Travailler par temps calme, opérer en hiver.
  • Pulvériser abondamment et fréquemment tout débris ou sciure d’arbre malade ou mort au Cryptonol ou au Dériclor à 1% .
  • Arroser le sol de l’aire de travail au Cryptonol ou au Dériclor à 1%.
  • Eliminer tous les bois par incinération ou enfouissement en décharge contrôlée.
  • Réduire au maximum les transports de bois.
  • En fin de chantier, nettoyer et désinfecter par pulvérisation ou arrosage tous les outils, engins et moyens de transport utilisés.

ATTENTION:

Même après élimination des arbres chancrés, un ancien foyer reste une zone contaminante par les débris et racines qui subsistent dans le sol.

Il faut également veiller à l’origine des terres de remblais qui peuvent véhiculer le parasite.

Toutes ces précautions sont à appliquer systématiquement par:

  1. Les professionnels de la taille.
  2. Les entreprises de travaux publics et de terrassement.
  3. Les entreprises de travaux agricoles.
  4. Tous les propriétaires de platanes ( particuliers, collectivités, gestionnaires.)
  5. Lors des entretiens de parcs et jardins.
  6. Lors des entretiens routiers ( chaussées, accotements, bas côtés, délaissés…..)
  7. Lors des travaux de curage des fossés.

 

GUIDE DES BONNES PRATIQUES

Un guide des bonnes pratiques contre le chancre coloré du platane est disponible et reprend l’ensemble des éléments de la lutte dont les mesures d’assainissement. Il constitue un document de référence pour l’élaboration de cahiers des charges pour toutes interventions sur ou à proximité de platanes.

 

LA REGLEMENTATION

La lutte contre le chancre coloré est rendue obligatoire par arrêté ministériel modifié du 22/12/2015 et règlementée par arrêté préfectoral du 17/09/2018.

LES PRINCIPALES OBLIGATIONS A RETENIR SONT LES SUIVANTES :

-Déclaration de tout platane suspect auprès du SRAL PACA. Désinfection de tout outil ou engin susceptible de blesser des platanes.

-Élimination des platanes atteints par le chancre coloré et leurs voisins situés dans un rayon de 35m avec déclaration préalable des chantiers d’abattage et destruction du bois.

- interdiction de planter un platane en zone infectée.Les entreprises qui souhaitent faire circuler du bois de platane, doivent faire une demande préalable au SRAL PACA.

Pour Retrouver l’ensemble des obligations et les textes réglementaires il est recommandé de se rendre sur le site de la DRAAF PACA.

 

LA RECHERCHE

Devant les difficultés à faire appliquer les mesures prophylactiques rigoureusement et le risque de voir disparaître progressivement le platane, il a fallu envisagé le recours à la recherche sur la résistance génétique.

André Vigouroux, de l’Institut National de la Recherche Agronomique ( INRA ) et son équipe se sont tournés en 1990 vers la sélection de platanes résistants à la maladie en réalisant des croisements entre le platane oriental et le platane occidental de l’Amérique du Nord.

Les platanes indigènes très divers d’Amérique du Nord, en contact depuis longtemps avec la maladie, ont en effet généré des individus qui présentent des résistances au chancre coloré. Ils ne pouvaient toutefois être utilisés directement car cette espèce n’est pas acclimatée à l’Europe.( Sensibilité à l’anthracnose) 

A partir de ces sujets sélectionnés les croisements effectués avec le platane oriental ont abouti après 7 années de travail ( en 2001) à l’identification de quelques sujets prometteurs . Afin de repérer la résistance de ces hybrides les inoculations de champignon ont été pratiquées au niveau des racines et au niveau des rejets. ( Ces deux types de résistance devaient être testées)

A partir de 2006, un sujet qui présentait les qualités recherchées a été multiplié par voie végétative et diffusé via une filiale de l’INRA et un pépiniériste de Montfavet.

 

Chancre coloré